(FR) avec la collaboration de
Eugenia Gómez del Rio, James F. Hollifield et Sascha Krannich
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Les droits de l’homme, universels et inaliénables, imposent aux États des obligations de protection envers les individus et les groupes. Pourtant, les immigrés et les réfugiés demeurent souvent insuffisamment protégés face aux atteintes résultant des politiques migratoires. Alors même que la liberté de circulation est affirmée dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, de nombreux États restreignent ou méconnaissent les droits fondamentaux des migrants au nom du contrôle des migrations.
Cette série en trois volumes dresse un état mondial et interdisciplinaire des relations entre politiques d’immigration et droits de l’homme. Elle mobilise les apports du droit, de la science politique, de l’histoire, de la démographie, de la sociologie et de l’économie.
Les politiques d’immigration contre les droits de l’homme 1 propose un bilan des contextes historiques, démographiques, politiques et idéologiques dans dix grands pays d’immigration, anciens ou plus récents (Argentine, Espagne, États-Unis, France, Inde, Italie, Maroc, Russie, Tunisie et Turquie). La première partie adopte une double perspective historique et démographique. Elle analyse les relations entre l’évolution des droits de l’homme et celle du droit international des migrations, en mettant en évidence leurs logiques de convergence comme leurs sources de tension. La seconde partie est consacrée à la dimension politico-idéologique. Elle étudie la manière dont les politiques d’immigration nourrissent les débats relatifs à la xénophobie, au racisme et à l’illibéralisme, ainsi que leurs incidences sur la protection des droits de l’homme.
Partie 1. La dimension historicodémographique
Partie 2. La dimension politico-idéologique
Yves Charbit
Yves Charbit est professeur émérite de démographie à l’Université de Paris et chercheur associé à l’Université d’Oxford. Spécialiste des questions de population et développement en Afrique, il a publié de nombreux ouvrages et articles sur la fécondité, la famille, les migrations internationales, l’éducation ou les inégalités.
Chapitre 1
Les droits de l’homme en France (XVIIIe-XXe siècles) (pages : 27-46)
Les droits de l’homme inventés par la France alimentent un idéal humaniste renforcé par l’enseignement des principes républicains par l’école laïque, l’influence des intellectuels invoquant l’esprit des Lumières, les positions des hommes politiques, notamment progressistes, l’accompagnement spirituel des principales autorités religieuses prônant la fraternité, et le besoin de main-d’œuvre exprimé par le patronat.
Chapitre 2
La politique française d’immigration (1945-2025) (pages : 47-73)
Depuis 1945, la politique française d’immigration a peiné à définir ses priorités, entre politique et économie. La demande de main d'oeuvre, puis la montée de l'extrême droite et du populisme ont conduit à complexifier les priorités, avec également l'appartenance de la politique française à la politique européenne d'immigration depuis les années 1990. Tandis que durant les années 1950 et 1960, les acteurs clés étaient les syndicats et le patronat, donnant un profil socio-économique à la politique migratoire, ceux-ci ont été progressivement remplacés par les impératifs sécuritaires, où les défenseurs des droits de l'homme se heurtent à la militarisation des frontières et aux politiques de dissuasion, à l'encontre des impératifs démographiques et économiques rationnels.
Chapitre 3
Le populisme xénophobe et l’instrumentalisation de la démographie africaine (pages : 75-102)
Une rhétorique populiste développe en France une manipulation clairement raciste et xénophobe de l’opinion publique en établissant une pseudo-causalité entre la démographie « explosive » de l’Afrique et le risque d’une immigration massive. « Le seuil de tolérance », « La ruée vers l’Europe » et « Le Grand Remplacement » sont trois arguments fallacieux faciles à réfuter.
Chapitre 4
Flux migratoires et réalisme politique en Espagne (1991-2025) (pages : 103-122)
En Espagne la population étrangère se caractérise par la diversité de ses nationalités : Marocains, Roumains, Équatoriens, Colombiens, Polonais, Algériens et Africains subsahariens qui changent peu à peu le visage du pays. Cette diversité se reflète dans les figures de migrants : jeunes, harragas (« brûleurs de frontières »), mineurs isolés, commerçants, femmes, etc.
Chapitre 5
La représentation segmentée des migrations italiennes (pages : 123-149)
Ce chapitre examine l’imbrication des migrations internationales, internes et coloniales depuis les années 2000. De plus en plus nettement, l’immigration en Italie est façonnée par les débats politiques notamment le droit du sang. Le racisme interne à l’égard des immigrants originaires du sud recoupe le racisme externe qui vise les immigrants, révélant ainsi des hiérarchies sociales complexes.
Chapitre 6
Migrations et politiques migratoires en Union soviétique et en Russie depuis 1945 (pages : 151-176)
Les caractéristiques migratoires de l’Union soviétique et la Fédération de Russie après 1945 à la fois ressemblent à celles des pays européens de l’Ouest et ont leurs caractéristiques propres. Les mobilités et les politiques migratoires ont été façonnées par les priorités stratégiques de l’État du contrôle du travail et des autres ressources.
Chapitre 7
Droits de l’homme et déplacements internationaux : causes, cadres et défis (pages : 179-199)
Ce chapitre explore les forces, les faiblesses et les lacunes des protections des droits de l’homme pour les personnes fuyant de graves préjudices et les dilemmes de la gouvernance migratoire : données relatives à la gouvernance des migrations et aux déplacements humains, traités relatifs aux droits de l’homme spécifiques aux réfugiés.
Chapitre 8
La tension entre droits humains et migrations internationales (pages : 201-221)
Ce chapitre analyse la tension entre droits humains et migrations internationales et met en lumière la manière dont le continent européen est symptomatique du positionnement contradictoire de l’Occident dans son histoire et son présent en matière de droits de l’homme, à la fois boussoles et repoussoirs. Il constate l’impensé de l’universalisme juridique et débouche sur les enjeux idéologico-politiques actuels.
Chapitre 9
Nativisme, immigration et défense des droits de l’homme aux États-Unis au XXe siècle (pages : 223-256)
Ce chapitre montre que le nativisme américain a produit un régime coûteux de détention et de déportation privatisées qui viole le droits humains des migrants y compris la séparation des familles, un refoulement constructif et les migrations climatiques. Il met en évidence les mouvements populaires à base religieuse de sanctuaires qui contestent ces politiques et relient les luttes américaines aux normes globales des droits humains.
Chapitre 10
Les lois indiennes sur les réfugiés et la politique d’hospitalité (pages : 257-275)
Ce chapitre examine de manière critique les fondements épistémologiques du droit international des réfugiés : tentatives de l’Inde d’élaborer une législation nationale, limites conceptuelles de la Convention de 1951, enjeux linguistiques liés à la définition des réfugiés, absence d’un cadre éthique uniforme pour les réfugiés, inclusion sélective. La « politique d’hospitalité » indienne est juridiquement ambiguë.
Chapitre 11
Généalogies du discours : mise à jour du registre national des citoyens en Assam (pages : 277-297)
La division entre citoyens et étrangers reste au cœur de la formation du déséquilibre de toute nation et de tout État-nation. Dans un pays diversifié et hétérogène comme l’Inde, elle est invoquée pour traiter les questions qui émergent dans le contexte local. Ces dynamiques sont en constante évolution dans la formation du discours nationaliste dans l’Assam.
Chapitre 12
La construction d’une politique d’immigration et d’asile respectueuse des droits de l’homme au Maroc (pages : 299-324)
En mettant en place une nouvelle politique d’immigration et d’asile en 2013, le Maroc a démontré sa volonté d’harmoniser son cadre institutionnel et réglementaire régissant le statut des étrangers Le Royaume s’efforce d’assurer le respect, sur son territoire, des engagements internationaux qu’il a pris, notamment en matière de droits de l’homme.
Chapitre 13
Système de protection des enfants subsahariens en Tunisie (pages : 325-348)
La gestion sécuritaire de l’immigration, accentuée par les pressions européennes, accroît la vulnérabilité des enfants migrants subsahariens. Les discriminations, l’accès limité à l’éducation et aux soins, les pressions exercées sur les ONG ainsi que le manque de coordination institutionnelle compromettent l’effectivité de leur protection et l’accès à leurs droits.
Chapitre 14
Criminaliser scientifiquement les immigrants (Argentine 1890-1914) (pages : 349-367)
En Argentine comme ailleurs s’est posée la question de l’intégration des immigrés, et des réponses fortement idéologiques ont été élaborées. Fait unique, elles ont été influencées par un courant de pensée venu d’Italie, qui a connu un vif succès en Argentine, incarné par Cesare Lombroso, qui, a élaboré une anthropologie physique de la criminalité des immigrants.








