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Avec le tournant numérique, une géonumérisation généralisée du monde est en marche. Tout ce qui peut être localisé à la surface de la Terre semble voué à être converti en données numériques et à alimenter l’ensemble des systèmes techniques. Désormais, les données géographiques numériques sont au coeur de la gouvernance des territoires, de la gestion de l’environnement, des interactions sociales et des pratiques culturelles. Elles transforment les modes de production des connaissances et contribuent à l’émergence de nouveaux métiers.
Pourtant, leur présence demeure diffuse, leurs usages sont multiples et les systèmes dans lesquels elles s’inscrivent restent largement opaques. La géomatique s’est diffusée au point de devenir omniprésente, tout en demeurant peu visible.
Géonumérisation et société analyse ce paradoxe à travers différents domaines d’activité et de multiples pratiques. Cet ouvrage invite à dépasser le somnambulisme technologique et à développer les approches critiques en sciences de l’information géographique. Seules des recherches plurielles et ouvertes à différentes disciplines sont à même d’aider à comprendre et transformer le monde géonumérique que nous construisons collectivement.
1. Aperçu de la fabrique géonumérique
2. L’algorithmie au coeur de la production des données géographiques du Web
3. De la base de données au commun géonumérique : le projet OpenStreetMap
4. Carte et information géographique dans la planification
5. Les SIG à l’épreuve de la disparité territoriale
6. Géomatique et humanités numériques : quelles rencontres ?
7. Utilisations et impensés des données géographiques dans les enquêtes OSINT
8. Enquête sur un imaginaire géonumérique
Thierry Joliveau
Thierry Joliveau est professeur émérite de géographie et géomatique à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne et membre de l’UMR Environnement-Ville-Société.
Matthieu Noucher
Matthieu Noucher est géographe, directeur de recherche au CNRS au sein de l’UMR PASSAGES.
Chapitre 1
Aperçu de la fabrique géonumérique (pages : 13-38)
Ce chapitre retrace à grands pas la constitution du système technique, économique et social qui produit depuis 50 ans une réplication informatiquement simulée du monde matériel et idéel, systématique et toujours plus précise. Cette fabrique géonumérique modifie la perception, la connaissance et la représentation du monde et transforme les environnements matériels, les modes de vie, les pratiques socio-spatiales et les logiques politiques.
Chapitre 2
L’algorithmie au coeur de la production des données géographiques du Web (pages : 39-68)
Ce chapitre souligne la nécessité d’interroger les enjeux éthiques et sociétaux liés à l’algorithmisation croissante de nos spatialités. La production des données géographiques sur le web est ici examinée à partir d’une typologie tripartite. Les data visent à numériser l’environnement, alors que les capta désignent les contenus géolocalisés émanant des réseaux sociaux. Les quaesita sont quant à elles générées en temps réel pour influencer nos comportements via des algorithmes prédictifs.
Chapitre 3
De la base de données au commun géonumérique : le projet OpenStreetMap (pages : 69-104)
Ce chapitre propose une analyse sociotechnique du projet de cartographie libre et collaborative OpenStreetMap. En explorant la diversité des initiatives, les modes de gouvernance, ainsi que les dynamiques d’institutionnalisation et les relations avec les acteurs publics et privés, il s’agit de dévoiler le fonctionnement de cet écosystème complexe. L’objectif est de comprendre comment ce commun géonumérique original renouvelle et transforme les façons de produire, de partager et d’utiliser les données géographiques.
Chapitre 4
Carte et information géographique dans la planification (pages : 105-134)
Ce chapitre analyse l’importance croissante de l’information géographique et des cartes dans la planification spatiale à l’ère de la numérisation. Il compare la planification terrestre, plus participative, à la planification maritime, plus technocratique, et met en évidence les enjeux de gouvernance, de participation du public et de justice informationnelle. L’autrice souligne l’illusion démocratique portée par ces outils et plaide pour des approches plus inclusives et critiques.
Chapitre 5
Les SIG à l’épreuve de la disparité territoriale (pages : 135-171)
Ce chapitre analyse le développement de l’information géographique et de ses cadres d’usage, principalement opéré au sein de grandes structures et marqué par des cultures professionnelles et institutionnelles particulières en dépit de sa vocation transversale et du fait de son caractère éminemment politique. L’intensification des usages invite désormais à interroger cette évolution depuis les territoires, considérés dans leur disparité et dans leur capacité à mobiliser - ou non - ces ressources.
Chapitre 6
Géomatique et humanités numériques : quelles rencontres ? (pages : 173-201)
Poser la question de la rencontre entre les humanités numériques et la géomatique suppose l'évidence d'une distinction préalable. Rappelant le caractère fortuit de la constitution de ces deux champs, le chapitre explore trois grandes modalités de rapprochements menés au-delà des seules logiques académiques ou institutionnelles : les besoins de spatialisation dans les humanités numériques ; la numérisation des espaces, lieux et spatialités décrites dans les humanités ; les tentatives d’humaniser davantage l’espace numérisé dans les systèmes d’information géographique.
Chapitre 7
Utilisations et impensés des données géographiques dans les enquêtes OSINT (pages : 203-223)
Ce chapitre examine les usages des données géographiques dans les enquêtes en sources ouvertes (OSINT). Il montre comment ces outils permettent de documenter des conflits, des crimes environnementaux ou des violences d’État, tout en révélant leurs angles morts conceptuels ainsi que les logiques de pouvoir encodées dans ces dispositifs techniques. Le texte distingue plusieurs manières d’utiliser les cartes et met en évidence les effets de cadrage induits par ces usages et la mise en place d’une grammaire visuelle de la véridiction.
Chapitre 8
Enquête sur un imaginaire géonumérique (pages : 225-260)
Après un retour sur l’état de l’art des imaginaires sociotechniques, ce chapitre enquête sur la place que tiennent les technologies informatiques de traitement des données géographiques et de géolocalisation dans un large échantillon d’œuvres de fiction littéraires et cinématographiques. Une description des fonctions narratives de ces outils et de la manière dont les personnages les mettent en œuvre et se les représentent permet d’approcher l’imaginaire géonumérique contemporain.




































